dimanche 19 mars 2017

Guérilla Social Club, Marc Fernandez

Deux hommes disparaissent à Madrid. Un autre à Paris et une femme à Buenos Aires. Chaque fois, le même scénario : les victimes sont enlevées et leur cadavre retrouvé mutilé. Toutes ont aussi un passé commun : leur combat contre les dictatures d’Amérique latine dans les années 1970 et 1980.
Parmi ces disparus figure l’un des amis du journaliste madrilène Diego Martín. Il décide de se pencher sur cette affaire pour son émission de radio, aidé par la détective Ana Durán, sa complice de toujours, et par l’avocate Isabel Ferrer.
Une enquête de tous les dangers qui va les mener de l’Espagne à l’Argentine en passant par le Chili, et les obliger à se confronter aux fantômes de l’Histoire. Ce qu’ils découvriront fait froid dans le dos, car, quarante ans après l’opération Condor, le rapace continue de voler.

La mémoire est faite d'ombres imprévisibles, elle peut être fluctuante au fil des années, devenir une page blanche que l'on voudrait à tout prix réécrire, ou elle peut aussi graver dans le marbre ce qu'on préfèrerait oublier. Poids que l'on traîne attaché à notre cheville, elle freine nos mouvements vers un avenir qu'on espérerait sûr. Et dans ce cas, pas de page blanche, mais une empreinte indélébile, pire qu'un phare dans cette nuit qu'on espérait suffisamment épaisse pour nous cacher. Il n'y a malheureusement qu'une certitude : si on n'oublie pas, les autres non plus.

J'ai découvert Marc Fernandez un peu par hasard, au détour de promenades sur le net, et le sujet de son premier roman, Mala Vida, m'avait beaucoup interpellée tant il est méconnu en France : le drame des bébés volés sous le Franquisme en Espagne. J'avais réellement apprécié ma lecture qui plongeait avec une précision d'orfèvre dans le cœur de cette Espagne qui tente de se reconstruire. Son deuxième roman ne pouvait donc que m'intéresser, d'autant plus qu'il aborde une autre facette sombre du monde hispanique : les dictatures latinoaméricaines des années 70-90, ces pieuvres qui avaient étendu leurs tentacules à travers tout le continent et dont l'ombre veille toujours.

On retrouve les personnages de Mala Vida, Diego, David, Ana, Isabel, mais nul besoin de l'avoir lu pour se plonger dans ce récit. La vie a continué depuis le scandale des bébés volés, et ils sont plus unis que jamais. Le bar Casa Pepe est l'un de leurs lieux de rendez-vous, et Carlos, celui qui le tient, un ami fidèle. Une série d'assassinats étranges va faire éclater une autre affaire qui a, elle aussi, défié le temps. Le "Commando Libertad", qui a essayé de faire disparaître Pinochet, semble en être la cible. Ses anciens membres, éparpillés un peu partout dans le monde, disparaissent les uns après les autres, sans autre explication que leur corps abandonné sans vie. Carlos était l'un d'entre eux.

Commence un véritable travail d'investigation pour comprendre quel monstre se cache derrière ces atrocités et sauver Carlos.

L'écriture de Marc Fernandez se prête parfaitement à ce type de roman, elle prend des accents journalistiques qui insufflent au récit les battements de cœur d'une véritable enquête vers la vérité. Comme pour Mala Vida, les faits sont documentés, précis et rendent compte d'une époque que l'on pensait révolue mais dont le spectre plane toujours au-dessus de l'Amérique Latine. On n'oublie pas, victime, bourreaux, pas de bouton reset possible. La peur est tenace, la vengeance aussi, et la soif de pouvoir encore plus. 

Ce que nous relate Marc Fernandez est tellement vraisemblable que cela fait froid dans le dos et nous rappelle combien nous évoluons sur un fil fragile.



Une excellente lecture qui m'aura arraché quelques larmes à la fin. J'en redemande !

dimanche 12 mars 2017

One, « Même pas peur », tome 1, Jacinthe Nitouche

On se retrouvera. C'est une évidence. Sacha et Charlie croyaient à ces derniers mots échangés juste avant que Charlie déménage. Voisins et meilleurs amis, ils se doivent leurs plus beaux souvenirs et une complicité sans faille qui a rythmé leur enfance et leur adolescence. Sans que rien ne vienne faire de l'ombre à leur rôle de frère et soeur protecteurs, à la relation fusionnelle qui les lie et que personne ne semble comprendre. Alors, quand Charlie cesse de donner des nouvelles du jour au lendemain, la tristesse de son départ fait place chez Sacha à l'interrogation, puis à la colère. Quand elle revient au bout de deux ans sans prévenir, les deux amis de toujours sont réduits à deux étrangers. À l'aube de leur entrée dans la vie adulte, Sacha pensait avoir réussi à oublier celle qui l'a hanté pendant tout ce temps. Mais il s'est menti : il n'a rien oublié, ni le manque ni l'absence. Ni rien de tout ce qui fait que leur relation ne peut s'arrêter ainsi?


En commençant ce roman, j'avais l'intention de lire une romance sur les amours adolescentes, elle aurait eu des accents de bluette qui m'auraient apporté quelques heures légères de lecture. En somme, je m'imaginais un roman pas trop compliqué, avec une trame simple dans laquelle le point A du début allait obligatoirement m'amener vers un point B pré-défini.

Que je me suis trompée !

Sacha et Charlie sont amis, de vrais amis. Quand Charlie a emménagé dans le quartier, Sacha n'avait pas l'intention d'être ami avec une fille. Une fille ! Il espérait que ses nouveaux voisins auraient un garçon. Mais quand il croise les yeux d'ambre de Charlie, son monde tremble. Il vient de faire l'expérience de ce qu'est le coup de foudre amical, et nait une relation intense dans ce monde que se tissent les deux adolescents. Malheureusement, Charlie doit déménager de nouveau. La distance ne devait pas être un obstacle, mais les mois le sont. Nos deux amis finissent par perdre contact et quand elle revient, rien n'est plus comme avant. Du moins c'est ce que pense Sacha, jusqu'à ce que la réalité revienne comme un boomerang dans sa vie : Charlie est de retour, elle a changé, mais c'est elle, sa Charlie. Leur relation peut continuer, parce que leur amitié est forte, indestructible, tellement indestructible qu'elle fausse toutes leurs autres relations et que la limite est mince, très mince en ça et...

Présentée comme cela, la trame semble simple, et sans doute l'aurait-elle été si l'auteure ne s'était pas attardée sur l'essence-même de l'histoire de Charlie et Sacha, sur qui ils sont vraiment. Au-delà de cette relation fusionnelle qui unit les deux adolescents, elle pose des questions complexes tel que le passage de l'enfance vers l'adolescence, puis vers l'âge adulte, la quête d'identité, la sexualité, les interrogations sur une prétendue norme, la difficulté d'être un adulte, d'être parents, l'avenir alors qu'on ne voudrait vivre qu'au présent, le poids des responsabilités, des choix... Avec de tels ingrédients, ce roman à la couverture bien rose est devenu bien plus qu'une bluette, tellement plus d'ailleurs que j'ai immédiatement cherché à me procurer le tome 2, curieuse que j'étais de voir ce que l'auteur réservait à ses héros (et pleine d'appréhensions aussi : avec un tome 1 bien écrit, si original, et qui tient finalement plus du roman initiatique que de la romance, à quoi dois-je m'attendre?) et hélas, (pour mes nerfs, mon petit cœur et mes ongles qui crient « pitié »), il ne va paraître qu'à la fin du mois. Argggg … Il va me falloir patienter... Et la patience n'est pas mon fort.

PS : Roman paru uniquement en numérique, mais quand je vois la qualité franchement discutable de certains romans papier sur les amours adolescentes, je ne peux que regretter que celui-ci ne soit disponible que dans ce format. Je l'aurais immédiatement acheté pour le mettre dans ma bibliothèque.



lundi 6 mars 2017

L'immeuble Christodora, Tim Murphy

New York. Milly et Jared, couple aisé animé d'ambitions artistiques, habite l'immeuble Christodora, vieux building de Greenwich Village. Les habitants du Christodora mènent une vie de bohèmes bien loin de l'embourgeoisement qui guette peu à peu le quartier. Leur voisin, Hector, vit seul. Personnage complexe, ce junkie homosexuel portoricain n'est plus que l'ombre du militant flamboyant qu'il a été dans les années quatre-vingt. Mateo, le fils adoptif de Milly et Jared, est choyé par ses parents qui voient en lui un artiste. Mais le jeune homme, en plein questionnement sur ses origines, se rebelle contre ses parents et la bourgeoisie blanche qu'ils représentent.
Milly, Jared, Hector et Mateo, autant de vies profondément liées d'une manière que personne n'aurait pu prévoir. Dans cette ville en constante évolution, les existences de demain sont hantées par le poids du passé.

Mateo, d'origine hispano, a été recueilli alors qu'il avait cinq ans par Milly et Jared. Les années passent et la rébellion adolescente qui secoue Mateo devient un véritable torrent incontrôlable. Pourtant doué pour l'art, poussé par la colère qui le dévore, il sombre dans la drogue. Cette même colère ronge Hector, un ancien militant qui a tant lutté pour les droits des sidéens. Il n'est que l'ombre de lui-même depuis la mort de son compagnon.

Le décor est planté, les mots sont dits. L'immeuble Christodora sera le témoin du passage du temps, de cette société qui avance et qui a peur de l'avenir. Le sida occupera une place centrale dans ce roman.

Le récit alterne habilement passé et présent pour reconstruire cette Amérique en quête d'elle-même. C'est un roman assez noir que nous livre Tim Murphy, les pages sont constellées de décès et de douleur, comme si la vie était un combat quotidien. Finalement, c'est sans doute le cas, la vie est un combat quotidien, surtout à une époque où le Sida était considéré comme une honte mortelle. Maladie des hommes, maladie des homosexuels, on aura beaucoup dit sur la question, sans jamais considérer que c'était une maladie tout court et qu'elle touchait tout le monde.

Ce roman m'a fait l'effet d'un cri contre une société donneuse de leçons, que ce soit en 1981, en 1988 ou en 2009, tout change mais rien ne change. L'intolérance est omniprésente, les jugements sont lourds et les peurs sont autant de chaînes aux pieds. Mateo se cherche, c'est une quête de soi qu'il entreprend, un combat dans une obscurité épaisse mais dans laquelle subsiste une lueur. Parce que malgré la noirceur, malgré la souffrance, l'espoir est là, il attend patiemment que son heure arrive.

J'ai adoré ce roman, dur, éprouvant, mais vibrant d'une réalité profonde et émouvante. J'ai aimé ces personnages vrais, et les injustices décrites m'ont donné la nausée. J'aimerais croire que cette époque est révolue, mais il suffit de regarder autour de nous pour nous rendre compte qu'il n'en est rien. L'intolérance, la discrimination, l'injustice sont toujours là, confortablement installées. Mais derrière elles, profondément enraciné et porté par des personnages tels que Mateo, il y a l'espoir. Et c'est l'essentiel.


Pour lire la Chronique du Chat du Cheshire, c'est ici.

dimanche 5 mars 2017

Journal intime d'un chat acariâtre, Susie Jouffa et Frédéric Pouhier

"Je me présente, je suis un petit chat de 6 mois, vif, intelligent, beau, facile à vivre et modeste. Après avoir bourlingué de foyer en foyer, je viens d'être recueilli par une famille tout à fait détestable. Je ne connais pas leur nom, appelons-les la famille Crétin, ça leur va à merveille. Je vais vous raconter mon quotidien."

"Si je devais résumer ma philosophie de vie en une phrase, ce serait :" Un esprit sain dans un coussin. ""

"Quand je m'ennuie, je mange. Quand je suis heureux, je mange. Quand je suis triste, je mange.
Mais qu'on ne vienne pas me dire que je suis gourmand, ça va m'énerver, et quand je suis énervé, je mange."

"22 novembre, 75e jour de captivité.
Ce matin, action coup de poing ! J'ai décapité une souris et leur ai apporté le corps sur leur lit. Cette action barbare est nécessaire pour faire comprendre à mes geôliers de quoi je suis capable. La mission a lamentablement échoué, ils se sont extasiés bêtement à grand renfort de paroles onctueuses et condescendantes: "mais quel bon chat, c'est un bon chasseur, ça !".
Je crois que je vais devoir monter d'un cran en violence..."

Cette nuit j'ai fait un cauchemar, un de ceux qui vous hantent encore le matin alors que vos yeux sont lourds de sommeil. Pour l'exorciser, je vais vous le raconter.

Tribunal. La salle est comble mais je ne distingue aucun visage, ils sont flous.
– Accusée, que plaidez-vous ?
Je jette un coup d'oeil à la ronde, même si je le les vois pas, je sens les regards braqués sur moi. Une goutte de sueur froide dévale la pente de mon dos et je l'entends s'écraser sur le sol.
Ploc.
Je prends une grande inspiration, le moment est important.
Ploc.
Un murmure s'élève lentement de la salle, ma réponse tarde à venir.
Ploc.
– Non coupable, annoncé-je d'une voix que j'espère affirmée.
– Vous pouvez répéter ? me demande le juge en se penchant en avant.
Une vague ondule sur son visage et j'imagine qu'il fronce les sourcils.
– Non coupable ! répété-je plus fort.
Le léger murmure de la salle devient un brouhaha assourdissant. Deux hommes en uniformes sortent d'une petite porte sur la gauche. Quelque chose brille dans leurs mains.
Des menottes.
Le métal froid mord ma chair tandis qu'ils les serrent un peu trop fort autour de mes poignets et l'un d'entre eux m'entraîne à sa suite. Je me débats mais leur prise est ferme.
– Ce n'est pas ma faute ! Je suis innocente ! Je n'ai pas cédé à la tentation !
Personne ne m'entend.
– C'est Misspendergast, c'est à cause d'elle si j'ai acheté ce livre ! Et à cause de mon doigt qui clique contre ma volonté sur le panier des librairies ! Je suis innocente, tenté-je de me défendre.
La porte se referme derrière moi et le brouhaha cesse. Ne restent que le silence et l'obscurité. Quelque chose bouge contre mon flanc. C'est chaud, un peu osseux. Je m'écarte de quelques centimètres. Je ne sens plus la main du policier sur mon coude et mes poignets sont libres.
Je plisse les yeux pour essayer d'apercevoir une forme, un objet qui me donnerait une indication sur le lieu où je me trouve.
Toujours ce noir.
Deux lames s'enfoncent dans la chair tendre de mes cuisses et je fais un bond de côté. Des couteaux ! Des hommes avec des couteaux ! 
Je dois fuir.
Je m'écarte brusquement, le cœur tambourinant dans ma poitrine.
Un boum retentissant accompagné d'un grognement rauque retentit.

Je cligne des yeux et, soudain, je vois. L'obscurité n'est plus aussi épaisse.
Je suis dans ma chambre, protégée par la chaleur de ma couette. La lune essaie de se frayer un passage dans le ciel nuageux et pointe timidement le bout de son nez à travers ma fenêtre sans volets.

Le « délinquant juvénile », me regarde d'un air furibond. Je l'ai poussé hors du lit à cause de Nini qui, en dormant, se relâche tellement qu'elle ne contrôle plus ses griffes et a tendance à les planter dans mon postérieur.

Ouf, ce n'était qu'un cauchemar. Tout va bien.

Enfin, sauf pour mon postérieur... et pour mes relations avec le Délinquant juvénile, je vais devoir me faire pardonner. Tout ça à cause de Misspendergast!

Le Délinquant juvénile
Missperdengast est le retour sur la blogosphère (et vous m'en voyez ravie), mais elle ne trouve rien de mieux que de publier une chronique sur un livre sur les chats. Les chats ! Et drôle en plus ! Alors, mon doigt a pris son indépendance et ce petit livre est arrivé deux jours plus tard chez moi.

Nini et son air froissé


En une poignée d'heures, il était lu, et j'ai vraiment passé un bon moment de lecture. Edgar est l'archétype par excellence du chat : imbu de sa personne (je suis le plus beau, ce qui est à vous est à moi, et ce qui est à moi est à moi), ronchon, facétieux mais aussi tendre et dévoué. 



La Reine-Mère et sa table
Il observe le monde avec ses réflexes félins et j'y ai retrouvé certains points de désaccord entre ma tribu et moi. Je ne dors pas dans mon lit mais dans celui des chats (allez expliquer à Nini qu'il faudrait qu'elle cesse de dormir sous la couette et que j'aimerais bien qu'elle garde ses griffes pour elle quand elle se trouve dans les bras de Morphée. Dialogue de sourds), la Reine-Mère s'autorise un droit de passage auquel nous n'avons rien à dire sur la table à manger, le Bébé-Mignon trouve le panier du Chien-Chihuahua très à son goût et ce dernier nous regarde d'un air triste parce que ses cinquante kilos ne font pas le poids face aux huit du félin...




(Mon Chihuahua qui a perdu son panier)
J'ai beaucoup souri, ri parfois aussi devant ses réflexions complètement décalées. Mon seul regret serait que les auteurs ne soient pas allés au bout de leur démarche. Certaines entrées sont vraiment trop humaines à mon goût. Mais cela reste un très bon moment de lecture.  

Et le Chihuahua!






La chronique de Misspendergast, c'est ici!

lundi 27 février 2017

Team Chat versus Team Chien

Il y a quelques temps, le Chat du Cheshire publiait sur son blog une affirmation consternante.

Team Chien

pouvait-on y lire avec moults hashtags.

Le Chat du Cheshire est pourtant une blogueuse que j'aime beaucoup, ses goûts sont plutôt fiables en matière littéraire. Elle fait même partie de notre fine équipe qui lutte contre les Dieux-de-la-mer-et-de-la-terre, c'est tout dire...

Bon, je dois reconnaitre que j'ai déjà eu un léger doute sur sa santé mentale lorsqu'elle a commencé à défendre bec et ongles Matthew contre Colin dans le rôle de M. Darcy.

Pour rappel : le seul et unique...

Et sa pâle copie:

Pas besoin de détailler davantage, vous comprenez ce que je veux dire. Il n'y a pas de comparaison possible, Colin avec sa classe inébranlable est et restera Mr Darcy. Matthew est tout au plus mignonnet.

Malgré tout, je lui ai toujours pardonné cette errance, parce que je l'aime bien le Chat. Elle est plutôt gentille quand elle ne me mange pas tout le nutella ou ne me refourgue pas une gargouille dans les chroniques-de-la-liste-noire-des-livres-interdits. Mais là, nous avons un problème... Un gros problème. Pire que l'Everest. L'ascension va s'avérer ardue. Il va falloir sortir les crampons et les masques à oxygène.

Team Chien...

Où va-t-on ? Mais où va-t-on ?

Team Chien... pffff

Je m'inquiète vraiment pour elle. Je me demande même si je ne devrais pas en parler à Monsieur-Mon-Médecin, il pourrait peut-être l'aider.

Parce que préférer ça :

Ou encore ça:


A ça:



Eux qui sont l'incarnation de l'élégance...


La force tranquille...
Alors c'est sûr qu'après tout ça, me dire "Team Chien"... Même mon Chien ne comprend pas... Lui-même oscille clairement du côté Team Chat (enfin mon chien n'a toujours pas compris que sa taille n'a rien à voir avec un chihuahua, il devrait peut-être consulter lui aussi). 
Il est dépité (et ce n'est pas à cause de la couleur de mon pyjama!).
CQFD, le Chat a un problème. Passez-moi le téléphone que j'appelle Monsieur-Mon-Médecin, il nous faut un spécialiste!

PS : Le Chien n'a pas été martyrisé pour les photos, promis !

Ni les chats d'ailleurs, mais ça, vous l'aviez compris!

Et Le Chat: pardon, pardon, pardon... Tu sais que j'adore te taquiner! (Ça t'apprendra à m'envoyer des liens qui me disent que Colin n'est pas Mr Darcy! Et non, je ne suis pas dans le déni ! :) )

mercredi 22 février 2017

Les amants du presbytère, Marie-Bernadette Dupuy

Nommé curé d’un petit bourg rural, le jeune et séduisant Roland Charvaz n’a pas la vocation. Le beau sexe le préoccupe davantage que le salut de ses ouailles. Pour sa part, Mathilde, la jolie épouse du docteur local, n’a jamais connu la passion amoureuse avant l’arrivée de l’ecclésiastique. Dès leur première rencontre, c’est le coup de foudre et les deux amants se lancent dans une brûlante liaison.
Ils se croient à l’abri de tout soupçon. Ils ont tort. Ils seront bientôt victimes de la plus horrible des machinations…

Mathilde a tout pour être heureuse, la beauté, un mari qui l'aime et dont les revenus lui assurent un confort que beaucoup lui envient, un enfant plein de vitalité... Mais de la même façon que les secondes passent pour devenir des minutes, puis des heures, elle sent sa jeunesse s'étioler. Elle devrait se contenter de ce qu'elle a, peu de femmes peuvent s'en vanter, elle devrait apprendre à aimer les étreintes fugaces de son mari, mais en elle brûle l'étincelle d'une passion qui la condamne à un sentiment d'insatisfaction qui pèse lourd sur ses épaules.

Jusqu'à ce qu'arrive le nouvel ecclésiastique...

Point de scandale avec lui, lui a fait promettre son mari qui n'appréciait pas l'ancien. Les commérages allaient bon train à cause de ses attitudes et de ses regards envers la gent féminine. Il le lui fait promettre, elle gardera ses distances. Bien sûr, le rassure-t-elle, après tout, il n'a pas de raisons de s'inquiéter, elle n'a jamais rien fait, elle ne faisait que converser avec l'ancien. De toute façon n'était pas à son goût, songe-t-elle en son for intérieur.

Mais et si...

Et si d'un regard les deux sentaient naître une passion brûlante qui enfin donnerait un sens à leur vie si morne.

Les amants du Presbytère est un roman qui se lit vite, à la plume simple, épurée mais efficace, qui nous plonge, non pas dans une histoire d'amour mais dans la réalité du 19e siècle. Mariage arrangé, sans amour, homme qui se lance dans la profession religieuse sans avoir de convictions profondes, commérages, jalousies, envie, méchanceté... C'est un portrait cru, presque brut, dénué de fioritures que nous livre l'auteure, celui d'une société où les apparences priment, où la bienséance et l'éducation sont de mise, dissimulant aux yeux de tous qui on est vraiment.


Cela faisait très longtemps que je n'avais pas lu de roman de terroir, et j'ai retrouvé avec beaucoup de plaisir cette immersion dans une société en mouvement qui nous est dépeinte avec une justesse acérée. Les conséquences des actes, l'enquête, le jugement, les masques qui tombent... autant d'éléments qui ont contrebalancé le sentiment que parfois, le récit aurait gagné à être approfondi. C'est d'ailleurs un sentiment paradoxal, parce que si l'auteure s'était attardée davantage sur certains moments de l'intrigue, cette dernière aurait sans doute perdu de cette véracité qui a fait que je l'ai réellement appréciée. 

mardi 14 février 2017

Extermination des cloportes, Philippe Ségur

En dehors de sa passion pour sa femme Betty, Don Dechine a un but dans la vie : écrire. Seulement voilà, pas facile d'écrire un roman fracassant quand on est prof de lycée et qu'après les avanies de la journée, il faut encore affronter un voisin pas content, les tracas de la copropriété, le harcèlement fiscal et les PV pour stationnement interdit. Rien de plus normal, pour se détendre, que de consacrer ses soirées à l'intégrale des six saisons des Soprano. Sauf que ça n'aide pas non plus à trouver la fortune et la gloire littéraire. Il y aurait bien une solution : tout plaquer pour aller vivre à la campagne. Comme l'explique Don Dechine, il n'y a que dans la nature qu'on peut valablement produire un chef-d'œuvre. Armés d'une confiance et d'un humour à toute épreuve, Betty et lui vont donc se lancer dans la quête de la maison idéale, tenter de se débarrasser d'un appartement invendable et se perdre dans un monde inconnu et atroce : la jungle impitoyable de l'immobilier. Une sacrée aventure quand on est un futur génie de la littérature et qu'on se réveille un matin avec un cloporte dans l'œil !

Don Dechine a un gros problème, il cohabite avec des cloportes, et ces charmantes bestioles ont décidé de s'en donner à cœur joie. Car voyez-vous, Don n'est pas n'importe qui. Il est écrivain. Oui, Monsieur, oui, Madame, un écrivain, un vrai de vrai, qui sera primé, au moins le Goncourt, pour ne pas dire le Nobel. Parce que Don est modeste, c'est l'apanage des génies. Don est donc un génie modeste qui vit avec des cloportes. Et qui n'a pas écrit un seul roman. Et qui aime les Soprano, Monsieur et Madame ont du goût pour les séries, et ce n'est pas leur faute à eux si leur visionnage empiète sur leur travail d'écriture, son chef-d'oeuvre pour lui et sa thèse pour elle. Après tout, qui dit un épisode dit quatre ou cinq, autant s'y mettre demain.

Par ailleurs,  Don Dechine n'a pas de chance, de nombreux obstacles jalonnent sa route vers l'écriture. Son voisin envahissant en est un, et son appartement un autre. Comment voulez-vous produire quoi que ce soit dans de telles circonstances ? Ce n'est pas possible, même quand on est un génie. Mais ce n'est pas grave, il a ses cloportes qui se promènent allègrement sur le visage du voisin, bien fait pour lui! Car bien sûr ce sont des cloportes, et pas du tout un truc sur son oeil.

C'est un roman singulier que nous livre Philippe Ségur, avec des personnages aussi attendrissants qu’exaspérants. Don et Betty sont dans une fuite constante de la réalité, ils voient le monde à travers une lorgnette déformante qui est le fruit de leur imagination. Le couple qu'ils forment semble déconnecté de la réalité, mais finalement, l'attitude de Don n'est-elle pas un moyen comme un autre de faire face aux aléas de la vie ?

Les premières pages m'ont déstabilisée, c'est quitte ou double avec ce type de roman : soit on aime, soit on déteste. Moi, j'ai très rapidement aimé. Cette histoire de cloportes m'a laissée perplexe, jusqu'à ce que je comprenne ce qu'ils étaient, et j'en suis venue à ressentir beaucoup de compassion pour Don, et à sourire devant certaines de ses pensées. Et ses titres de roman ? Mon Dieu, ces titres de romans... Pas étonnant qu'aucun roman ne voie le jour ! (Sorry Don, mais honnêtement, concentre-toi sur tes cloportes et sur les Sopranos...). La plume de Philippe Ségur est très agréable, c'est un roman extrêmement bien écrit où chaque mot est à sa place. Je ne connaissais pas cet auteur, mais je vais m'empresser d'aller découvrir ses autres écrits.